Madre ⓒ Anita Zanetti

Anita Zanetti, Madre, gouache, 2020, huile sur toile.

Traduction proposée par Léa Mirabel

Je m’appelle Anita Zanetti, j’ai 25 ans et je suis peintre et illustratrice indépendante. Je suis née dans la province de Bologne, où j’ai vécu jusqu’à il y a deux ans, quand j’ai déménagé à Rome. J’ai toujours eu un grand désir et un grand besoin de faire de l’art : lorsque d’autres rêvaient de devenir astronautes, j’imaginais des modèles de vêtements et je les dessinais, rêvant de pouvoir devenir un célèbre dessinateur de bandes dessinées. Cependant, la première grande passion que j’ai poursuivie a été la photographie : mon père m’a donné son appareil photo dans le lointain 2010 que j’ai utilisé pour la première fois à Paris, les mains tremblantes d’émotion, et que j’ai ensuite emporté avec moi dans tous les autres voyages. Le désir de devenir photographe de mode est né en moi, mis de côté peu après.

Sur le « conseil » de mes parents, avec lesquels j’ai toujours eu une relation assez critique, j’ai abandonné l’art pour un moment et me suis concentrée sur tout le reste : j’ai fait un lycée scientifique, excellant en physique et en mathématiques, qui sont devenues elles aussi mes passions. La science me fascinait et bientôt, en tant que photographe de mode, j’ai voulu devenir médecin, précisément psychiatre.

On peut toujours dire que deux pôles résolument opposés coexistent en moi : l’art et la science, l’ambition et l’indifférence, un feu intérieur et la paresse. Une coexistence dans un dualisme qui a parfois été synergique, mais autant (peut-être plus) a suivi le chemin de l’autodestruction. En cinquième année, après une période fatale dans la famille, il y a eu une sorte de déclic : J’ai définitivement tout gâché. Les études et les ambitions se sont effondrées avec mon masque perfectionniste, laissant place à la rébellion, à la poursuite des passions comme but ultime, à l’expression furieuse. C’était une révolution vraiment profonde que j’ai eu du mal à suivre pendant longtemps. Des changements de cap continus, des coupures nettes, des crises internes – mais aussi des moments positifs et très forts que je garde parmi les plus beaux de mon existence – m’ont accompagné les années précédentes à Rome, et c’est précisément à cette période que j’ai repris la main que j’avais extraite et commencé à créer : crayons, pinceaux, écolines, fusains, verre, encre. La mode n’avait rien à voir avec cela : le principal protagoniste était désormais le corps humain, surtout féminin. Sa physicalité, ses ombres, ses courbes, son toucher, son parfum, son imperfection. Grâce à lui, j’ai pu parler aux autres, mais plus encore à moi-même.

Ce fut un moment fondamental : l’art était devenu salvateur et thérapeutique pour moi ; la souffrance était aussi puissante que le désir de la rejeter. J’ai commencé à me passionner pour l’histoire de l’art et la poésie : Schiele et Baudelaire étaient (et sont toujours) mes oracles. Et encore le cinéma, la musique, la littérature. D’autre part, le fait de vivre dans une ville comme Bologne m’a certainement encouragé dans cette voie : les expositions, les musées, les événements culturels, les concerts, les murs de la ville elle-même et les gens qui la peuplent. J’avais allumé comme un feu d’artifice ; je produisais et je m’intéressais au monde et à tout ce que je voyais, une expression artistique qui pouvait m’exciter. Dans ces années-là, j’ai rencontré des gens, que je porte toujours à mes côtés et dans mon cœur, avec lesquels j’ai partagé ce processus et j’ai pu aller au-delà de l’au-delà. Avec eux, j’ai commencé un travail sur moi-même que je continue d’effectuer : plus je m’acceptais et plus je me connaissais, plus le poids que je retirais de mon cœur chaque jour augmentait et le brouillard commençait à se dissiper. J’avais enlevé les étiquettes et les attentes que le plus impitoyable des juges m’avait donnée : moi. Ce n’est qu’ainsi que j’ai pu vraiment libérer mon esprit et avoir la force et la conscience nécessaires pour comprendre ce que je fais, ce que je veux faire et ce que je vais faire. D’autre part, faire de l’art est un peu comme faire l’amour. Et nous savons tous comment cela se passe avec l’angoisse de la performance.

Alors, nous y voilà : J’ai ouvert ma page Instagram, j’étudie la technique, j’exerce ma main et ma créativité, j’étudie le marché et les moyens avec lesquels je peux en faire partie. J’essaie de trouver une identité forte qui reflète tout le désordre que j’ai à l’intérieur.

Anita Zanetti

Texte original

I’m Anita Zanetti, I’m 25 years old and I’m a freelance painter and illustrator. I was born in the province of Bologna, where I lived until two years ago, when I moved to Rome. I have always had a great desire and need to make art: when others dreamed of becoming astronauts, I imagined models of clothes and drew them, dreaming of being able to become a famous cartoonist. However, the first great passion that I pursued was photography: my father gave me his camera in the now distant 2010 that I used for the first time in Paris, with my hands trembling with emotion, and which I then carried with me in everyone other trips. The desire to become a fashion photographer was born within me, set aside shortly thereafter.

On the « advice » of my parents, with whom I have always had a rather critical relationship, I gave up art for a moment and concentrated on everything else: I attended scientific high school, excelling in physics and mathematics, which became they too are my passions. Science fascinated me and soon, as a fashion photographer, I wanted to become a doctor, precisely a psychiatrist.

We can always say that two decidedly opposite poles coexist within me: art and science, ambition and indifference, an inner fire and laziness. Coexistence in a dualism that has sometimes been synergistic, but as many (perhaps more) has followed the path of self-destruction. In fifth grade, after a fatal period in the family, there was a kind of click: I definitely blew everything. Study and ambitions collapsed with my perfectionist mask, leaving room for rebellion, pursuit of passions as the ultimate goal, furious expression. It was a truly profound revolution that for a long time I had a hard time following. Continuous changes of course, sharp cuts, internal crises – but also positive and very powerful moments that I keep among the most beautiful of my existence – accompanied me in previous years in Rome, and it was precisely in this period that I took back my hand I extracted and started to create: pencils, brushes, ecolines, charcoals, glass, ink. Fashion had nothing to do with it: the main protagonist had now become the human body, especially the female one. His physicality, the shadows, the curves, his touch, his perfume, his imperfection. Through it I was able to talk to others but even more to myself.

It was a fundamental moment: art had become saving and therapeutic for me; suffering was as powerful as the desire to throw it out. I began to get passionate about the history of art and poetry: Schiele and Baudelaire were (and still are) my oracles. And still cinema, music, literature. On the other hand, living in a city like Bologna certainly encouraged me in this: exhibitions, museums, cultural events, concerts, the walls of the city itself and the people who populate it. I had lit up like a firework; I produced and was interested in the world and in all I saw an artistic expression that was able to excite me. In those years I met people, whom I still carry by my side and in my heart, with whom I shared this process and I was able to go beyond the beyond. With them I started a job on myself that I am still carrying out: the more I accepted myself and the more I knew myself, the greater the weight I took off my heart every day and the fog began to thin out. I had taken off the labels and expectations that the most ruthless of the judges had given me: me. Only in doing so could I truly free my mind and have the strength and awareness necessary to understand what I am doing, what I want to do and what I will do. On the other hand, making art is a bit like having sex. And we all know how it turns out with performance anxiety.

So here we are: I opened my Instagram page, I am studying the technique, exercising my hand and creativity, studying the market and the means with which I can become part of it. I’m trying to find a strong identity that reflects all the mess I have inside.

Anita Zanetti

anitazanettistudio@gmail.com

Instagram-logohttps://instagram.com/anitazanettiart?igshid=1023fcgnr8tts

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